Vox populi, vox déi

24 décembre 2018 | Étude

Est-il des crises économiques aussi durables que celle que nous connaissons sans crise de la représentation politique ? Depuis sa création, le Jour d’Après s’interroge sur les difficultés de notre pays à se réformer dans un contexte d’impopularité gouvernementale. La nécessité de restaurer la confiance démocratique nous semble être un préalable au redressement économique. Ainsi, le « grand débat » annoncé par le gouvernement, et la perspective du referendum d’initiative citoyenne (RIC), pourraient changer la donne sur les plans d’abord politique, puis économique.

Toutefois, le rééquilibrage des institutions en faveur de la démocratie directe heurte une certaine classe dirigeante. Elle y voit, à raison, une manière de circonscrire son pouvoir et de contrebalancer la souveraineté nationale dont elle se prévaut pour agir seule au nom de tous. Ensuite parce que ce retour à l’esprit de la Vème république – le général de Gaulle estimait qu’il était impératif de rendre, lorsque cela était possible, la parole au peuple – ouvrirait, selon elle, la voie au populisme et à la régression des valeurs démocratiques. Le peuple est, dans un pays marqué au fer par le souvenir de la monarchie, l’objet d’une défiance tenace. Imprévisible, simpliste dans sa compréhension du monde et aisément manipulable, il formerait une menace pour lui-même, qui rendrait nécessaire le monopole du Parlement sur tout sujet législatif.  

Pourtant les moyens de prévenir cette tentation fascisante dont certains soupçonnent le corps électoral existent. Ils se nomment contrôle de constitutionnalité, qui s’exerce à priori pour les propositions de lois soumises au référendum. De fait, un simple référendum ne pourrait rétablir la peine de mort ou remettre en cause l’équilibre des pouvoirs tels que prévu par notre constitution. Il est aussi possible -et souhaitable – de délimiter le champ de compétences du RIC. Ainsi, les questions touchant à la procédure pénale, aux libertés publiques ou encore à la stratégie économique et financière de la France n’ont pas nécessairement vocation à rentrer dans le champ du RIC.

Surtout, le référendum s’inscrit dans le cadre du droit, et forme paradoxalement un garde-fou essentiel à la colère de la foule. Il ne vient pas concurrencer le débat parlementaire et décrédibiliser les institutions démocratiques. Au contraire, il assure la popularité des gouvernements, quelle que soit la saison. Comme le montre l’exemple suisse, il est une source de confiance, garantissant à chacun que le pouvoir reste à sa place, dans son rôle d’exécution de la volonté générale.

Ainsi, il permet de débloquer nombre de réformes sensibles, qu’un gouvernement isolé et impopulaire est bien incapable de faire avancer. En France, les exemples ne manquent pas de ces points de blocages symboles de notre immobilisme. Modernisation de la politique des stupéfiants, instauration d’un service civique pour tous, reconnaissance du droit à l’euthanasie et au suicide assisté…dans bien des domaines, la société française pourrait évoluer en profondeur et retrouver ainsi la confiance dans ses lois si elle pouvait enfin se décider par elle-même.

A l’inverse, refuser aux électeurs le droit de s’autodéterminer ouvre de fait la porte au gouvernement de la foule. Cette ochlocratie qui, selon l’historien et théoricien antique Polybe, finit toujours par emporter la démocratie et préfigure les régimes autoritaires dans le cycle politique. Faute de pouvoir décider dans les urnes, les électeurs tranchent sur les réseaux sociaux. La frustration s’exprime alors dans le chao et la surenchère, avec des risques de manipulation, y compris par des puissances étrangères, et de passage à l’action directe et violente.

Les Gilets Jaunes sont ainsi le reflet de la crise du présidentialisme à la française. Leur mouvement forme une réponse directe à la verticalité du pouvoir assumée par E. Macron depuis son élection – et au droit qu’il s’est donné de réformer coûte que coûte, envers et contre tous. Il porte la colère d’un peuple las de ne pouvoir décider par lui-même des affaires qui le concernent. Fatigué de cette monarchie républicaine d’un autre âge, de ses certitudes et de ses privilèges.

Il importe que le « grand débat » ne soit pas galvaudé. Le référendum d’IC constitue une voie pour solutionner le conflit politique entre les électeurs et leurs représentants, et rétablir un dialogue constructif sur les réformes de structure. Par sa nature, il peut sembler difficilement compatible avec la vision macronienne de la société. Mais ce n’est pas seulement l’avenir personnel d’Emmanuel Macron qui se joue à cette heure. L’entêtement de l’élite à gouverner seule pourrait emporter le régime dans sa disgrâce.

 

 

 

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