Droite ou gauche – à la recherche du temps perdu?

21 septembre 2016 | Actus

Nombreux sont ceux, aujourd’hui, qui s’interrogent sur le clivage gauche/droite. Combat d’arrière garde ? Vieille lune, fantasme ?

Nous sommes face à une véritable quête de sens, une recherche ontologique. Si les notions de gauche et de droite sont maintenant dénués de sens, comment allons-nous faire de la politique ?

Le poids de l’histoire est-il devenu insupportable ?

En 1936, au moment du Front Populaire, les choses étaient claires, les acteurs de la vie publique jouaient leur rôle avec brio, jusqu’à l’auto-caricature, deux conceptions de la société s’affrontaient. En fonction de ses convictions et de son histoire personnelle, il était, relativement, aisé de se positionner, de « choisir son camp ». Gauche et droite étaient deux espaces de représentation où les affrontements les plus violents semblaient nécessaires et légitimes.

En mai 68, la situation est déjà plus complexe, « la France s’ennuie » disent certains. Là encore, deux conceptions de la France sont face à face, celle de la gauche et celle de la droite, mais pas seulement. Il y a une partie de l’opinion qui, clairement, ne comprend ni la nature ni l’origine des évènements qui se déroulent sous ses fenêtres. Une autre partie de l’opinion accueille avec sympathie, mais aussi scepticisme, des slogans qui vont, in fine, durablement changer notre société.

En 1981, la gauche accède au pouvoir avec François Mitterand, la campagne électorale a été rude, deux chocs pétroliers ont ébranlé le monde et remis en cause bien des certitudes. Plus que jamais, deux camps s’arqueboutent pour défendre ce qui fait sens, ce qui fait substance, ce qui constitue une représentation de l’histoire de notre pays. La gauche, en gagnant les élections, a enfin gagné le droit d’écrire l’Histoire, rôle jusque là réservé à la droite dans l’histoire de la 5ème république.

Ces trois moments historiques reflètent trois visages du clivage droite-gauche. Mais sont surtout des moments où celui-ci faisait sens dans l’inconscient collectif de notre pays, marquant ainsi, de manière paradoxale, une forme d’unité nationale.

La confusion des sens

Aujourd’hui, les notions de gauche et droite sont de plus en plus polysémiques, équivoques. Il est quotidien d’observer que des responsables politiques d’un même « camp », gauche ou droite ne sont finalement d’accord sur rien. Ils ne se retrouvent ni sur les questions économiques, ni sur les questions sociales, et encore moins sur les questions européennes ! Ils affichent plus que des nuances sur les questions environnementales, sur les flux migratoires, sur l’évolution de nos institutions…

Nos élus font publiquement corps avec leur camp au moment de chaque élection afin d’assurer la victoire du ou des candidats désignés. Mais parallèlement, bien des responsables ont plus de convergences avec des personnes de l’autre camp qu’avec leurs camarades de combat et cela sur les sujets les plus divers! N’a-t-on pas vu une partie de la gauche se rallier au principe de la déchéance de nationalité pour les bi-nationaux accusés de terrorisme ? Et une partie de la droite soutenir le droit au mariage pour tous ?

Les nouvelles frontières de la politique française

La nature ayant horreur du vide, on peut craindre de cette confusion des sens l’émergence de discours de substitution, d’ailleurs tout à fait en vogue en France, en Europe ainsi qu’aux Etats Unis. La vulgate populiste qui semble vouloir s’imposer inéxorablement dans nos vieilles démocraties n’est-elle pas la traduction, par l’absurde et le nauséabond, de ce vide apparu avec la fin des « grands récits » ?

L’enjeu n’est pas tant de maintenir coute que coute les réthoriques de la gauche et de la droite. Ou de nier qu’un vide sidéral s’est emparé des deux grandes familles de pensée qui, jusque là, ont structuré la vie politique de notre pays. Mais de faire évoluer la dialectique gauche- droite vers une réalité plus apaisée et constructive, tout en laissant les nouvelles frontières de la politique ré-enchanter le débat public.

Il appartient à chacun, en conscience, de se mobiliser pour contribuer à l’émergence d’une société plus juste et plus fraternelle . C’est un devoir de raison mais aussi un devoir moral. Ainsi face à la crise, les grands partis de droite et de gauche voient leur responsabilité engagée. Ils ne peuvent vouloir se maintenir à tout prix, et menacer nos institutions d’immobilisme du fait de leur calculs. Les principes d’une gouvernance commune et du rassemblement national autour des grandes réformes de structure paraissent en ce sens essentiels au rétablissement de la confiance dans la droite et dans la gauche.

Enfin, il nous faut accepter que le clivage droite-gauche puisse ne pas être la seule grille de lecture pertinente de la vie publique. A l’intérieur des grandes familles politiques, se joue un combat qui transcende ainsi les clivages anciens. Il oppose le camp des réformateurs, qui est transpartisan, à celui des conservateurs. Le camp de la conservation est hétéroclite, il rassemble celles et ceux qui veulent croire à tout prix dans le passé. Le combat des réformateurs est essentiel pour notre avenir, nous appelant à dépasser nos peurs et nos à priori pour faire face à la nécessaire refondation économique, sociale et politique de notre société.

Abonnez-vous à notre newsletter

Vous recevrez les dernières actualités du Jour d'Après.

Vous êtes désormais abonné !

Vous souhaitez nous rejoindre ?

Remplissez ce formulaire et nous prendrons contact avec vous !


X