Jean Peyrelevade: « Il faudrait supprimer l’ENA ! »

5 septembre 2016 | Sujets des contributeurs

Dans « Journal d’un sauvetage », vous racontez de l’intérieur le système qui a conduit à la quasi-faillite du Crédit lyonnais. Pourquoi briser maintenant l’omerta sur cette vieille affaire ?

Le banquier publie le journal qu’il a tenu lorsque l’Etat l’a nommé à la tête du Crédit lyonnais en quasi-faillite. Il dénonce le système qui a mené l’établissement au bord du gouffre. Et alerte : rien n’a changé. Interview.

Parce qu’on n’en a jamais tiré les leçons. Aujourd’hui encore, le système français est le même. Il dérape toujours de la même manière, et pour les mêmes raisons. Je croyais avoir vécu un événement exceptionnel… qui ne cesse de se répéter ! J’espère provoquer enfin un débat, en mettant cela sur la table. …

A quels autres dérapages pensez-vous ?

Il y a eu en 2011 la faillite de Dexia, qui a coûté, je pense, plus de 15 milliards d’euros aux contribuables français, belges et luxembourgeois. Je me souviens de l’ambition démesurée de son patron, Pierre Richard, qui me proposait à l’époque d’acheter des pans entiers du Lyonnais. Plus récemment, l’affaire Areva – dont la facture n’est pas encore définitive – est assez semblable à celle du Lyonnais : la responsabilité de son management, en l’occurrence Anne Lauvergeon, est écrasante. Mais il y a eu aussi un aveuglement total des organes de contrôle !

Y a-t-il une fatalité à ce que l’Etat soit un mauvais actionnaire ?

Oui. Le système de gouvernance des entreprises publiques est fait pour dysfonctionner, parce qu’il n’existe aucun contre-pouvoir en cas de management incompétent ou pris de mégalomanie : ni le conseil d’administration, ni l’Etat actionnaire, ni le régulateur, ni les syndicats… La raison essentielle est sociologique : c’est une question de recrutement des élites administratives et politiques françaises. Au sommet de la pyramide du pouvoir, on trouve plein d’administrateurs prestigieux, de grands ministres, de présidents surdiplômés. Mais le problème est que cette classe, ou plutôt cette caste qui nous dirige, se pense infaillible.Avant l’affaire du Lyonnais, jamais je n’avais soupçonné que la notion de responsabilité individuelle était complètement absente de ce système fermé sur lui-même, fonctionnant en vase clos, et gouverné par des hiérarchies mandarinales. D’une certaine manière, ce modèle français qui allie des politiques à la fine fleur de la fonction publique énarchique n’est pas très différent du modèle chinois !

Quelles seraient vos réformes pour casser ce mandarinat politico-administratif ?

(Rire.) Elles seraient nombreuses ! Un, il faut interdire le cumul de mandats des politiques et limiter le nombre de renouvellements de ceux-ci. Deux, tout haut fonctionnaire entré en politique doit démissionner. Trois, sauf pour les fonctions régaliennes – police, justice, armée –, il faut supprimer le statut à vie des hauts fonctionnaires, et le remplacer par des contrats de droit privé. Quatre, il faut supprimer le classement à la sortie des grandes écoles… voire supprimer l’ENA elle-même ! Tout cela contribuerait à remettre les gouvernants sur un pied d’égalité avec les citoyens.

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